Mark Carney, ancien banquier central et Premier ministre du Canada, a prononcé un discours remarquable lors du dernier Forum économique mondial de Davos.
Il s’agit d’une attaque contre « l’ordre international fondé sur des règles », concept promu par les nations impériales occidentales pour justifier leurs innombrables dérogations et violations du droit international :
pendant des décennies, des pays comme le Canada ont prospéré sous ce que nous appelions l’ordre international fondé sur des règles. Nous avons rejoint ses institutions, loué ses principes et bénéficié de sa prévisibilité. Nous avons pu mener des politiques étrangères fondées sur des valeurs sous sa protection.
Nous savions que l'histoire de l'ordre international fondé sur des règles était en partie fausse. Que les plus forts s'en affranchissaient lorsque cela leur convenait. Que les règles commerciales étaient appliquées de manière asymétrique. Et que le droit international était appliqué avec plus ou moins de rigueur selon l'identité de l'accusé ou de la victime.
Cette fiction était utile, et l’hégémonie américaine, en particulier, contribuait à fournir des biens publics : des voies maritimes ouvertes, un système financier stable, une sécurité collective et un soutien aux cadres de résolution des différends.
Nous avons donc placé le panneau dans la vitrine. Nous avons participé aux rituels. Et nous avons largement évité de dénoncer les écarts entre le discours et la réalité.
Ce compromis ne fonctionne plus.
Je vais être franc : nous sommes en pleine rupture, et non en pleine transition.
Le concept d’ordre fondé sur des règles, mensonger en soi, était utile aux forces mandataires et aux vassaux de l’hégémon mondial tant qu’ils n’étaient pas eux-mêmes menacés par ses conséquences.
Le concept d’ordre fondé sur des règles, mensonger en soi, était utile aux forces mandataires et aux vassaux de l’hégémon mondial tant qu’ils n’étaient pas eux-mêmes menacés par ses conséquences.
Mais comme cette puissance hégémonique s’est retournée contre les vassaux qui la soutenaient, ce concept est devenu dangereux et doit être abandonné :
Au cours des deux dernières décennies, une série de crises financières, sanitaires, énergétiques et géopolitiques a mis en évidence les risques d’une intégration mondiale extrême.
Plus récemment, les grandes puissances ont commencé à utiliser l’intégration économique comme une arme. Les droits de douane comme moyen de pression. Les infrastructures financières comme moyen de coercition. Les chaînes d’approvisionnement comme vulnérabilités à exploiter.
On ne peut pas « vivre dans le mensonge » d'un bénéfice mutuel grâce à l'intégration lorsque celle-ci devient la source de votre subordination....
Et il y a une autre vérité : si les grandes puissances abandonnent même le semblant de règles et de valeurs pour poursuivre sans entrave leur pouvoir et leurs intérêts, les gains tirés du « transactionnalisme » deviennent plus difficiles à reproduire. Les hégémons ne peuvent pas continuer à monétiser leurs relations.
Les alliés se diversifieront pour se prémunir contre l'incertitude. Ils souscriront des assurances. Ils multiplieront les options. Cela permettra de reconstruire la souveraineté, une souveraineté qui reposait autrefois sur des règles, mais qui sera de plus en plus ancrée dans la capacité à résister à la pression.
Comme je l’ai dit, cette gestion classique des risques a un coût, mais ce coût de l’autonomie stratégique, de la souveraineté, peut également être partagé. Les investissements collectifs dans la résilience sont moins coûteux que la construction de forteresses individuelles. Les normes communes réduisent la fragmentation. Les complémentarités sont positives pour tous.
La question pour les puissances moyennes, comme le Canada, n'est pas de savoir s'il faut s'adapter à cette nouvelle réalité. Nous devons le faire. La question est de savoir si nous nous adaptons en construisant simplement des murs plus hauts ou si nous pouvons faire quelque chose de plus ambitieux.
Carney ne plaide pas pour un retour complet à l’État de droit. Il ne demande pas que le droit international soit appliqué de manière égale à toutes les nations. Il plaide pour une collaboration entre les « puissances moyennes » afin de résister à l’hégémonie. Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’un tel club continuerait probablement à piller le reste du monde :
Les puissances moyennes doivent agir ensemble, car si vous n’êtes pas à table, vous êtes au menu.
La question pour les puissances moyennes, comme le Canada, n'est pas de savoir s'il faut s'adapter à cette nouvelle réalité. Nous devons le faire. La question est de savoir si nous nous adaptons en construisant simplement des murs plus hauts ou si nous pouvons faire quelque chose de plus ambitieux.
Les grandes puissances peuvent se permettre de faire cavalier seul. Elles ont la taille du marché, la capacité militaire et le pouvoir de dicter leurs conditions. Les puissances moyennes n’ont pas ces atouts. Mais lorsque nous ne négocions qu’au niveau bilatéral avec une puissance hégémonique, nous négocions en position de faiblesse. Nous acceptons ce qui nous est proposé. Nous nous faisons concurrence pour être les plus accommodants.
Ce n’est pas de la souveraineté. C’est l’exercice de la souveraineté tout en acceptant la subordination.
Dans un monde où les grandes puissances se font concurrence, les pays intermédiaires ont le choix : se faire concurrence pour obtenir des faveurs ou s’unir pour créer une troisième voie qui ait un impact.
Nous ne devons pas laisser la montée en puissance du pouvoir dur nous aveugler sur le fait que le pouvoir de la légitimité, de l'intégrité et des règles restera fort, si nous choisissons de l'exercer ensemble.
N.B.: Cette publication est la citation d’un article que Cocyec ne peut retrouver. Si l’auteur ou un lecteur la retrouve, qu’il veuille laisser l’information dans un commentaire, nous nous ferons un plaisir de corriger notre publication.