Plus ça continue, plus c’est la même chose

Tout le monde a vu aujourd’hui comment Israel voulant « donner une leçon » aux Gazaouites bombarde et tue « collatérallement » des enfants. Collatérallement ou pas, ces morts sont volontaires car on ne bombarde pas une zone aussi densément peuplée que Gaza sans accepter de tuer aussi des civils. Il faudra aussi noter pour le futur que de viser explicitement et de tuer des policiers ce n’est pas du terrorisme, du moment qu’on n’est pas d’accord avec le régime qu’ils servent. Mais il faut probablement le faire depuis un avion pour que ce soit un fait héroîque.

Comme l’UJFP, je pense que l’Europe par le « rehaussement » de sa collaboration avec Israel porte une lourde responsabilité dans le déclenchement des hostilités. Je parle bien de déclenchement car il n’y a aucune mesure commune entre quelques roquettes artisanales qui n’avaient tué personne et les centaines de morts que nous comptons déjà du côté palestinien.

Par contre, je grogne sérieusement quand Michel Collon que nous avons déjà vu plus inspiré emploie lors d’une émission sur FR3 (1) le terme « camp de concentration » à propos de l’emprisonnement des Palestiniens. Il s’agit peut-être d’un « génocide lent » comme le déclare l’historien israelien aujourd’hui exilé, Ilan Pape. Il s’agit effectivement d’une « getthoisation » de la population palestienne. Il s’agit surement d’une situation contraire à tous les traités internationaux et au plus élémentaire respect de la personne humaine. Mais le terme me semble trop chargé affectivement pour être utilisé à la légère et il me semble qu’on est loin en Palestine de l’extermination de millions de gens. Maintenant, peut-être était-ce un simple dérapage verbal dans le feu d’une discussion.

Enfin, j’attire votre attention sur autre billet d’Ilan Pape, cité sur le site du même Michel Collon, qui démonte beaucoup d’idées reçues sur la naissance d’Israël et mérite donc d’être lu, ne fut-ce que pour s’ouvrir l’esprit.

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(1) oui je sais, l’émission de FR3 commence par un débat sans intérêt entre un supporter de Sakro et un laudateur du même mais bon, vous baissez le son, vous laissez passer 5 minutes et vous avez ensuite un superbe aperçu sur la prochaine politique US au Moyen-Orient avec notamment Robert Baer, ancien patron de la CIA, qui bouscule aussi certaines idées reçues. Oui, je sais aussi que la CIA c’est pas dans nos sources habituelles mais ça n’empêche pas de les écouter, surtout quand ils critiquent leur propre pouvoir ou qu’ils dévoilent leur idéologie.

Danielle se tait ? Non !

Disparait Reparait aujourd’hui (*)  de la blogosphère une de ses voix les plus puissantes et les plus originales. Chouette cadeau de noel 🙁

Lassée de la bétise, lassée de la méchanceté, lassée de prêcher dans ce qu’elle voit à tort comme un désert, victime de son succès qui lui amenait nombre de mails haineux, Danielle Bleitrach a avait décidé de fermer « Changement de société » alias « soci013 ».

Où d’autre lirons-nous désormais cette traduction de l’intervention de Dick Cheney sur ABC où il reconnaissait explicitement avoir autorisé la torture dont je parlais dans mon article précédent ?

Où d’autre lirons-nous les nombreux articles sur l’amérique latine, là où la gauche devrait aller chercher ses nouveaux modèles après l’échec sanglant de sa gestion du capitalisme ?

Où d’autre lirons-nous les analyses politiques et philosophiques fondamentales, profondes et orginales que nous apportait Danielle ? Sans langue de bois, sans concessions, elle nous apportait un contenu d’une rare profondeur. Evidemment, cette profondeur n’allait pas sans une certaine longueur qui décourageait ceux qui ne consacrent pas plus de 2 minutes à un texte. Ce qui amenait des remarques acerbes de sa part quand quelqu’un prenait la parole en omettant un élément dont elle avait parlé.

Où d’autre lirons-nous la critique féroce de l’exploitation, de l’asservissement ?

Où trouverons-nous encore une voix juive, aussi féroce dans sa critique d’Israel que de l’anti-sémitisme qu’elle a vécu dans son corps et qui a marqué prfondément son esprit.

Ou trouverons-nous encore cette foi dans l’internationalisme socialiste ? Cette analyse marxiste qui avait annoncé la crise et fournit un des rares moyen d’en sortir ?

Ailleurs, difficilement, moins bien. Nul(le) n’est indispensable, certaines voix sont simplement encore plus irremplaçables que d’autres. Danielle est de celles-là. Je pleure.

Elle annonce un livre, je revis et je ne manquerai de vous en faire part 🙂

(*) Mise à jour: Ce matin 1e janvier, Danielle a rouvert son blog 🙂  Du coup J’ai corrigé certains aspects de ce post, dont le titre.

Torture

Ben oui, disons le mot: TORTURE. Voilà qui est gai et réjouissant pour ce temps de Noël ou de Hanoukah, si vous êtes de ce bord, voire de fête du Solstice si vous sous sentez l’envie d’en revenir aux sources. Bon, c’est pas la bonne période mais l’actualité a ses raisons que le coeur ignore.

Car il faut bien dire que ce qui se passe en Irak, comme cela c’était déjà passé en Amérique Latine sous la houlette des dictateurs issus de la sinistre « Ecole des Amériques », comme au Viet-Nam avant, ne sont pas des accidents isolés mais une politique voulue, définie et acceptée par les criminels de guerres qui vont très partiellement quitter le pouvoir US le 20 janvier prochain.

Alors quelques articles sur ce qui se passe. D’abord, « Le rôle des soldates, au-delà du discours égalitaire » sur l’utilisation des femmes comme bourreaux. Et ses implications. Par Coco Fusco.

Ensuite, un article sur un jeune homme, agé de 15 ans quand il est arrêté pour « terrorisme ». En gros, on l’accuse d’avoir balancé une grenade sur des soldats dans un pays en guerre. Outre qu’il n’est pas prouvé que c’est lui qui a lancé l’objet, je ne vois pas bien où est le terrorisme là-dedans mais apparement ses bourreaux non plus puisqu’ils l’ont torturé pour le savoir.

Je ne vous fait pas le lien sur l’abominable article sur ce commercant torturé par les « libérateurs » de son pays, torturé jusqu’à en devenir fou, ça passe mal sur la bûche de Noel. Mais vous pouvez retrouver l’info sur n’importe quel moteur de recherche ou en me le demandant gentiment.

En guise de conclusion, je vous propose ce délicieux article qui démontre par l’absurde que les USA sont pleinement conscient de ce qu’ils ont fait. Et qu’ils s’en auto-absolvent, point. Circulez, y’a plus rien à voir. Jusqu’au jour où ils recommenceront. Demain, par exemple.

Notez que je ne doute pas un instant qu’ils n’aient des dignes confrères dans ces vilaines actions mais il se trouve que eux, ils sont dans le monde où je vis. Ils le font, même. Et ils se mêlent de donner des leçons de morale aux autres, ce qu’il ne faut pas faire quand on n’a pas le nez propre.

Mise à jour: voici une interview sur un grand média mainstream où Dick Cheney reconnait explicitement avoir autorisé la torture.

« Je ne comprend rien à ce qui se passe en Afghanistan ! »

Bon, ben c’est pas grave, ma brave dame. D’abord une peu d’histoire, par exemple un survol de ce qui s’y est passé dans ces 50 dernières années: un article écrit par Michael Parenti sur le site de Michel Collon. Et on enchaîne sur une analyse de Philippe Grasset sur ce qui s’y passe actuellement, à savoir que « Les talibans ont fait, pour les Russes, la démonstration ultime de la validité de leurs conceptions stratégiques selon lesquelles la seule voie d’accès sécurisée vers l’Afghanistan passe par la Russie », rien de moins.

Voilà, avec ces deux articles, vous devriez un peu mieux comprendre les racines d’un conflit qui pourrait bien nous conduire à une guerre nucléaire puisque le Pakistan est entraîné dans la tourmente afghane comme jadis le Cambodge le fût dans le conflit viet-namien. Et tout le monde se souvient de l’horreur qui en résultat.

Shlomo Sand s’explique… et Olmert aussi.

Sur un site canadien francophone, Shlomo Sand s’expliquait le 4 décembre dernier sur les raisons qui l’ont poussées à écrire son livre quasi-blasphématoire « Comment le peuple juif fut inventé ». Et l’homme apparait beaucoups moins inquiétant que certaine pressse se complait à nous le décrire.

La fin de son interview est très claire sur sa vision d’Israel: « Je ne suis pas sioniste, je crois qu’Israël doit appartenir à tous ses citoyens, de différentes origines, mais peut garder des liens avec les Juifs de partout. Sinon, Israël ne va pas exister au Proche-Orient. Il va disparaître comme le royaume franc de Jérusalem, au temps des Croisades. » Evidemment, c’est une vision qui dérangera beaucoup de gens.

Et puisqu’il est temps de dire ces choses, je vous invite à lire l’article de Defensa sur Ehud Olmert: « Il y a dans les déclarations d’Olmert un aspect remarquable d’une perception inhabituelle qu’on doit mettre en évidence. La sensation qu’on éprouve est celle d’un homme qui se révolte, ou qui tente de se révolter contre une pesanteur générale qui bride le discours et contraint les actes. Il semble dire que ce qu’il dit, beaucoup de gens le pensent et bien peu osent le dire, même à voix basse. Il y a l’impression d’un système écrasant, qui pousse sans cesse à la surenchère, à la fuite en avant, à l’agressivité et vers les situations de tension, qui impose mécaniquement une politique brutale et sans issue. C’est le système de la montée aux extrêmes, aveugle, avec la brutalité qui marque les relations, y compris entre gens du même “camp”. Et l’auteur d’en tirer la conclusion suivante: « On comprend alors combien Israël, qu’on charge souvent de pouvoirs mystérieux, notamment pour en faire une influence comploteuse conduisant d’une main cachée la politique agressive des USA, est en réalité victime du même système qui nous étouffe tous ».

Les racines de la guerre judéo-arabe

Sous le titre Pourquoi la paix au Proche-orient est-elle si difficile ? Pierre Stamboul de l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP) nous livre une analyse fouillée et très large sur les racines et les causes de ce conflit qui ne veut pas finir.

Stamboul évoque l’historique de idéologie sioniste et sa radicalisation issue de la Shoah, la Naqba, la violence de la colonisation continue des territoires occupés (même sous le plus pacifiste des premiers ministres israélien: Rabin) avec son cortège de destruction et de déstructuration. Il décrit aussi le discours raciste, pas seulement anti-arabe, qui imprégne aujourd’hui la société israélienne. Il évoque aussi les raisons de la répulsion de la thèse défendue par Shlomo Sand.

Bref un texte aussi dur qu’indispensable, bien sûr chez Danielle Bleitrach.

Des soldats (dé)mineurs

« Parmi tous ces petits arabes qui échappent, grâce aux démineurs belges, à une mort atroce ou à une mutilation à vie, on ne fera pas croire à De Crem qu’il n’y en a pas une forte proportion qui n’attendent qu’un prétexte pour devenir des terroristes islamistes sanguinaires », voilà pourquoi notre sinistre de la Défense, Pieter De Crem veut retirer d’urgence nos démineurs du Liban où ils sont utiles. Pendant que de l’autre main, il en entasse dans la nasse de l’Afghanistan où des troupes autrement efficaces (Russes, notamment) se sont déjà cassées les dents.

On voudrait fabriquer des terroristes qu’on ne s’y prendrait pas autrement mais « Les doigts dans la crise » vous explique les autres implications beaucoup mieux que moi: http://www.lesdoigtsdanslacrise.info/index.php?post/2008/10/24/Quon-se-le-dise-%3A-une-armee-cest-fait-pour-casser-la-gueule-aux-meteques-pas-pour-les-bonnes-oeuvres

Et pourtant, je suis juif !

J’ai longuement hésité avant de parler de ce sujet, tant il est brûlant. Mais tant pis, je me lance: « Comment le peuple juif fut inventé » de Shlomo Sand est une bombe, ni plus ni moins. Faussaire, anti-sémite, historien au rabais: les qualificatifs n’ont pas manqué de saluer l’auteur de ce livre qui s’est remarquablement vendu… en Israël mais risque de solides problèmes… à l’étranger. L’ironie du propos de l’auteur tient aussi au fait qu’il affirme que les vrais descendant des habitants de la Palestine au temps des romains sont les Palestiniens d’aujourd’hui. C’est peu apprécié.

Si je n’ai pas les qualifications pour juger des qualités scientifiques de la recherche historique de Shlomo Sand, je peux certifier au moins une chose: ce livre n’empêche pas de s’affirmer juif. Je pense comme beaucoup que la judaïté ne relève pas d’une quelconque filiation avec un peuple d’il y a deux mille ans (*) mais bien plus avec une communauté de pensée, de culture, voire simplement la filiation avec les victimes du nazisme ou les kibboutznik.

Par contre, ce que ce livre met à mal, c’est la justification du sionisme et l’obstination de la toute grande majorité des Israeliens à refuser de reconnaître les droits élémentaires des Palestiniens des territoires qu’ils occupent. Ceux-là sont les victimes de ce livre mais aussi du simple bon sens.

Ce livre appelle indirectement à une refondation d’Israël sur la base de l’existence de tous. Les juifs qui pensent que ce livre remet en cause l’existence d’Israël adhèrent indirectement à l’existence de l’Eretz Israel de l’apartheid actuellement en place. Ils sont, à mes yeux, de biens pires ennemis des juifs et de l’idée de « l’an prochain à Jérusalem » que ce livre d’histoire.

A défaut de lire le bouquin, un article en parle en détail, donne quelques informations sur son auteur et précise les conditions qui ont entouré sa publication. Vous le trouverez là: http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2258

(*) Je ne suis pas plus généticien qu’historien mais je veux bien parier qu’en deux mille ans, 25% de la population mondiale descend peu ou prou de n’importe qui.