Billard à trois bandes dans les médias MSM

Le coup est disséqué par le journal américain « Moon of Alabama » traduit par le Saker*: un « diplomate » israélien donne un scoop constitué de trois infox* à un journaliste saoudien qui les avale tout cru. En s’appuyant sur la « reconnaissance par les arabes eux-mêmes » – sauf que l’Arabie Saoudite, ça n’est pas du tout « les arabes », surtout en Irak et encore moins chez les Perses iraniens, mais passons – les journaux MSM israéliens et occidentaux sont « sûrs » de la véracité des infox à la gloire des F-35 i, de l’armée israélienne et de la force de caractère de son 1er ministre et ministre de la guerre, le tout-puissant Bibi bibi Nétanyahou. Il y a là-bas des élections en vue mais c’est sûrement un hasard. Ça contente aussi les USA qui ont besoin de bonnes nouvelles à propos de leur infox (à peine) volante vendue sous le nom de F-35, par exemple en Belgique sous l’influence de l’américanolâtre CD&V au pouvoir dans l’armée et soutenue au gouvernement par la toute-puissante NVA.

Juste deux-trois problèmes: les infox sont visibles pour qui veut se renseigner et regarder, les journalistes saoudiens ne sont pas fiables vu la sauvage dictature régnante, les journaux MSM commencent à être reconnus comme paresseux et peu crédibles, il n’est que de voir leur chute de lectorat en dizaine(s) de % par an. Enfin, comme le signale « Moon of Alabama », si c’était vrai, ce serait alors le meilleur argument de vente possible pour les S-400 russes dans tout le Moyen-Orient. C’est peut-être pour ça que les médias (pro-)russes ne sont pas du tout pressés de lever le lièvre.

(*) Je ne suis pas responsable des odeurs nauséabondes qui émanent parfois des auteurs repris dans le Saker mais quand il traduit les articles de la presse anglophone de gauche, je ne vois pas de raison de vous en priver. De même, Wikipédia fondé par un libertarien (extrême-droite anti-état) est devenu un instrument de propagande MSM et néo-conservateur (donc va-t-en-guerre) mais est utile quand il ne parle pas de politique et surtout pas d’actualité.

L’Iran et l’Europe

L’Europe n’arrive pas à détacher la laisse fixée à son collier par la « protection » militaire de son parrain américain. Or depuis l’arrivée du narcisse infantile à la Maison Blanche, c’est le grand n’importe quoi qui règne à Washington, même chez ses adversaires. Un bon exemple est la crise de paranoïa nommée Russiagate dont l’explosion en vol a carbonisé la crédibilité de nombreux médias et politiciens locaux.

Aujourd’hui, l’Iran est étouffé par les sanctions USAméricaines prises en contradiction avec les engagements pris lors de la conclusion de cet accord. Tout ça, juste parce que le traité est l’œuvre d’Obama (mais pas que lui). La Perse compte ses amis et ses alliés et s’en souviendra quand le Président US sera revenu dans le monde réel où l’AIEA confirme l’honnêteté iranienne.

Signalons au passage que si les sanctions ne sont pas annulées, l’Iran a le DROIT de dépasser les normes inscrites dans le PAGC ; la presse fait des bonds (pour faire vendre) mais les dirigeants européens ne parlent pas explicitement d’une violation de l’accord par l’Iran, et pour cause.

L’Europe pourrait jouer un rôle dans cette poudrière, comme elle aurait pût le jouer avec la Russie en son temps voire Cuba. Mais non, nous nous montrons incapable de défier notre tuteur. Ce n’est pas compliqué, la faible Turquie est plus indépendante que nous. Certes, un mécanisme de paiement a été créé par l’Europe pour contourner les sanctions américaine mais les seuls qui l’utilisent vraiment sont les Russes et, parait-il, les Chinois.

John Bolton ligoté

Le Congrès des USA vient de voter un amendement à la loi de financement de l’armée qui interdit l’entrée en guerre contre l’Iran et l’Irak sans son accord explicite. Il a été voté par la majorité des Démocrates appuyé par des Républicains. C’était récemment souhaité aussi dans un média très proche du Pentagone, National Interest.

Il est permis de se demander si le plus content de l’affaire ce n’est pas Trump lui-même. Cet amendement bloque les folies des ses conseillers va-t-en guerre, John Bolton et Mike Pompeo, contre lesquels il semblait tellement en opposition que le licenciement de Bolton faisait l’objet de spéculations dont je m’étais fait l’écho récemment.

L’oppression : musulmans vs chrétiens.

Je viens de lire un rigolo qui affirmait que les musulmans oppressent les chrétiens depuis le VIIe siècle. Je ne croyais pas nécessaire de rappeler des évidences, mais si !

Les chrétiens n’ont pas le monopole de la violence mais le fait est que les pays militairement les plus développés et les plus expansionnistes depuis plus de 10-15 siècles se situent très majoritairement en Europe et en Amérique du Nord, pays très majoritairement chrétien. Les autres sont au mieux des outsiders et le plus souvent des victimes, musulmans ou pas.

Les Croisades furent des invasions meurtrières répétées. La Reconquista espagnole chassa toute la population musulmane (et juive qui fut accueillie par les Turcs et les arabes du Maghreb) pour prendre les plus anciens.

Ensuite, le colonialisme par les pays chrétiens puis les révolutions nationales pour les expulser, sans même parler des « dommages » à payer aux anciens pays colonisateurs, ainsi que l’exploitation néo-coloniale ont coûté lourd aux natifs de tous les pays concernés, musulmans inclus.

Plus proches de nous, les multiples guerres impériales dans les régions pétrolières ont fait des millions de victimes (1,5 Mls au moins pour le seul Irak en ajoutant les victimes de l’embargo à ceux des 2 guerres et le seigneurs de la guerre qui prospérèrent sur les décombres de l’Etat). La guerre en Syrie est le fait de « fous de Dieu » financés par l’Arabie Saoudite mais celle-ci est téléguidée par les USA qui fournissent plus ou moins gratuitement les armes qui y font des ravages. Et l’occupation US (chrétienne fondamentaliste) n’y est pas une illusion.

La Corne de l’Afrique fut et est toujours le théâtre de nombreux conflits dont les parrains sont très majoritairement « chrétiens », Orthodoxes russes (ou athées du temps de l’URSS) ou Protestants américains. On peut continuer longtemps, hélas.

Les « Fous de Dieu » musulmans sont pour la plupart des créations occidentales pour lutter contre le « communisme athée »: en Afghanistan contre le socialisme, par l’Arabie Saoudite et ses filiales mises en place en Europe en échange du pétrole, en Iran contre les socialistes à nouveau ce qui menât d’ailleurs au Khomeinisme, etc… Le Hamas est une création israélienne pour lutter contre l’OLP, laïc car socialiste et un mélange de musulmans et de chrétiens. Et sur le Golan, les mêmes israéliens ont soutenu les terroristes religieux locaux contre le gouvernement syrien.

Tout ça ne justifie pas le très improprement nommé « terrorisme » mais nous oblige quand même à tenir compte de ce qu’il s’agit souvent d’une réponse du berger à la bergère, d’une violence aveugle à une autre violence qui ne l’est hélas pas moins. Réponse d’un terrorisme plus ou moins organisé à une violence terroriste (merci à Julian Assange) d’états souvent chrétiens ou juif qui essaye d’ailleurs de le cacher (traduit) pour mieux en nier les origines.

Quelques conséquences d’une guerre à l’Iran

Une guerre de bombardement ne demande pas beaucoup de soldats au sol en Iran. Le modèle est la Serbie où les bombardements ont effectivement provoqué un changement de régime et ont ouvert la voie à l’annexion du Kosovo pour installer une base militaire USA. C’est donc réalisable et même rentable pour les premiers mois aux yeux des américains.

Le souci est que l’Iran a des alliés militaires que la Serbie n’avait pas, hors la Chine ou la Russie qui ne bougeront pas, et que le risque d’embrasement de la région est réel. Cela touchera peu les USA qui sont exportateurs net d’énergie pour le moment. Par contre, l’Europe et surtout la Chine vont souffrir et c’est un but secondaire (ou primaire) d’un conflit au Moyen-Orient pétrolier tel que celui dont rêvent les porte-sabres de la Maison Blanche.

Autre « bénéfice » secondaire, cet embrasement apporterait aussi les prétextes nécessaires au gouvernement israélien pour étendre son territoire et sa zone d’influence.

Tout cela au prix de nouvelles souffrances pour le monde arabe et iranien, au prix de nouvelles vagues d’immigration vers l’Europe, au prix d’un renouveau « terroriste/de la résistance à l’impérialisme » qui justifiera en OTANie encore plus de lois liberticides nécessaires par ailleurs pour l’imposition du néo-libéralisme sur les classes travailleuses. Le modèle est le macronisme.

Guerres impériales et réfugiés

Strategic Culture nous affirme que 50% des réfugiés du monde ont été lancés sur les chemins de l’exil du fait des guerres plus ou moins déclarées des USA. L’opposition interne à ce fait est parfaitement expliquée et représentée par la candidate présidentielle Tulsi Gabbard.

Du Venezuela, victime du blocus économique, au Honduras ou siège un pouvoir terroriste (mis à jour 05/06/2019) issu d’un coup d’état téléguidé et reconnu par les USA, pour ne parler que de l’Amérique Latine. L’Ukraine où 4 milliards de $ apportés par Victoria « Fuck EU » Nulland ont amenés au pouvoir une alliance « droite kleptocratique+extrême-droite néo-nazie« qui ont violemment attaqué tant les communistes que les russophones issus d’un rattachement assez récent (1954) d’une partie de la Russie à ce pays (on attend toujours une nouvelle politique de la part du clown récemment élu président) ; rejetés par la terreur et le négationnisme ukrainien, les habitants de ces régions ne rêvent que d’un retour à leur pays d’origine et, comme le million de réfugiés en Russie, ont été privés du droit de vote tant par les lois que par la force. La Crimée y est parvenue, les habitants du Donbass n’y arriveront vraisemblablement que l’émigration. D’autres zones peuplées plus ou moins majoritairement de non-ukrainiens « de race » en rêvent et sont soutenus par leurs pays respectifs au grand plaisir des suspects habituels.

Les Serbes dont l’infrastructure civile a été réduite à néant par les bombardements « ciblés ». La Syrie où les fous de Dieu payés et soutenus par l’AXE USA-Arabie Saoudite-Israël ont provoqué proportionnellement un des plus grands exodes de ce début du 21e siècle. L’Irak trois fois victime de deux guerres et d’un blocus meurtrier sans compter les retombées radio-actives issue de l’usage intensif de l’uranium « appauvri ». Le Yémen et maintenant l’Iran où blocus et bruit de bottes s’allient pour créer une insécurité propice aux migrations. Tous peuvent témoigner que les guerres de changement de régime ont d’abord atteint les populations.

Une autre constante de ces guerres d’annihilation du pouvoir en place et de la structure économique est la création de seigneurs de la guerre qui prolongent l’agonie. Le pire exemple est la Syrie où terroristes pro-Turcs, Kurdes pro-américains, terroristes soutenus par l’AXE et pouvoir élu s’opposent les uns aux autres mais la 2e place revient probablement à la Libye qui fut un pays social avancé tant économiquement que socialement et fut aussi un parrain de la stabilité régionale, notamment via des subventions Sud-Sud aujourd’hui oubliées. L’importance de ce rôle est évidente au vu des multiples guerres et guérilla qui sont apparues depuis dans cette région.

Le seul débat qui agite aujourd’hui la gauche européenne, submergée par cette émigration issue de guerres voulues par « l’allié » de l’Europe, est de savoir s’il s’agit d’une conséquence voulue ou juste de l’incompétence du-dit. En attendant, les nationalismes relèvent la tête. Et ça, c’est aussi un « changement de régime » qui s’annonce catastrophique.

Iran ou Bolton ? (bis)

Dans un article précédent, je posais la question de savoir ce qui explosera en premier: John Bolton ou l’Iran ? Sous la pression de son conseiller va-t-en guerre, d’Israël et de ses alliés arabes, Trump est monté à l’arbre et se demande comment en redescendre.

Si vous ne devez lire qu’un article, je vous conseille celui de Entelekheia. Complet, il reprend les différentes versions des évènements des derniers jours et met en avant l’opposition à la guerre de la part de journalistes influents auprès de Trump.

Sur son site, Elijah J. Magnier développe en de nombreux articles les extraits forcément limités qui fondent une partie de l’analyse de l’article de Entelekheia. Il est étonnamment équilibré et aussi clair qu’on peut l’être sur les buts et moyens de l’Iran comme sur l’absence de perspectives positives pour Donald Trump. Avec ou sans guerre, l’été s’annonce chaud.

Le souvent pertinent « Les Crises » s’est fendu d’un rare article original sur les racines du conflit, axé principalement sur l’analyse des vues des USA et de Trump.

Le même sujet est analysé en anglais par The Moon of Alabama que j’ai trouvé via Nidal sur le flux d’information SeenThis.

Militaires, pétrole et écologie

Un éclat de rire pour commencer : la revue The National Interest, parle en anglais de la Guerre Hybride. Ses stratégies font appel à diverses méthodes, « notamment la manipulation des élections, la cyberguerre, la coercition nucléaire, l’ambiguïté des intentions nucléaires, la guerre économique, le recours au crime organisé et le recours à la force militaire » utilisée exclusivement, selon cette revue, par… la Russie et la Chine. A les en croire, ni les USA ni ses alliés n’utilisent de sales moyens pour fausser les élections voire renverser les gouvernements qui en résultent, ne contrôlent internet, ne menacent de sanctions aussi leurs alliés (liges) que leurs ennemis, ne créent de brigades de la mort pour assassiner les opposants à l’autoritarisme libéral ni ne recourent plus ou moins illégalement à la force.

En prime à ces manipulations « Partout où les Occidentaux ont eu la prétention d’opérer militairement des « regime change », on constate la même faillite, la même montée en puissance des seigneurs de la guerre, des mafias, de l’islamisme (Irak, Afghanistan, Syrie…)« .

A ce propos, le Chine prévient que les USA sont tout près d’ouvrir la boite de Pandore (en anglais) dans le Golfe Persique. Selon certains, c’est d’autant plus probable que les USA n’ont pas besoin de ce pétrole et qu’au contraire, une guerre renchérirait le prix de l’énergie qu’ils exportent (Liberty Gas) et gênerait considérablement ses concurrents, Europe et Chine, qui en dépendent.

Puisque nous parlons « pétrole », un article en anglais pointe le fait qu’en 1982, Exxon a prédit exactement à quel point les émissions mondiales de carbone seraient élevées aujourd’hui. Comme pour les cigarettiers, les entreprises pétrolières se doutaient bien et depuis longtemps qu’ils nous envoyaient dans le mur. Je cite « Une incertitude considérable entoure également l’impact possible sur la société d’une telle tendance au réchauffement, si elle se produit (…)A l’extrémité inférieure de la plage de températures prévues, il pourrait y avoir un impact sur la croissance agricole et les régimes pluviométriques (…) en haut de l’échelle, certains scientifiques suggèrent qu’il pourrait y avoir un impact négatif considérable, y compris l’inondation de certaines masses terrestres côtières ».

Une revue de presse très axée sur l’écologie cette semaine chez Tristan Nitot qui blogge d’habitude plutôt sur « la technologie, l’Internet et les libertés numériques ».

Une information en anglais en passant : l’armée américaine est le plus gros pollueur mondial à tous points de vue: décharges inavouées, « accidents » pétroliers, etc…

Lettre ouverte aux « colons » de Judée-Samarie – Mise à jour 29/05/11

Ce qui me fait militer pour la paix en Israel/Palestine, quels que soient les choix que feront ceux qui veulent y vivre ensemble (contre vous, donc), c’est que la majorité israélienne dont vous êtes le pire soutien, se pense en situation de force pour toujours et donc qu’ils ont tout le temps devant pour « chasser tous les étrangers de la terre sacrée réservée depuis (et pour) toujours aux juifs par le mec la-haut ». Ce faisant, ils prennent un sacré risque: un mouvement de foule  antiAipac peut flamber à un moment donné aux USA, d’autant que  comme le Crif en France, il est coutumier des rodomontades imbéciles quand à ses succès.

L’opinion publique européenne est de plus en en plus pro-palestinienne, d’ailleurs contre ses faiseurs d’opinions et ses dirigeants. Aux USA, outre le risque évoqué ci-dessus, l’irruption de J Street va avoir un effet de révélateur de l’extrémisme des positions de plus en plus décriées du tout-puissant Aipac. Quand aux autres pays plus ou moins fraichement libérés de la colonisation et des dictatures, ils haïssent Israël qui a fourni sans sourciller des moyens et de l’expertise militaire et de contrôle des foules au pires abrutis et aux plus immondes salauds, Sakaachvili en Géorgie étant le plus proche de nous mais les dictatures sud-américaines et arabes comme le régime de l’apartheid en Afrique du Sud ont eu en leur temps plus que leur part. On vient encore d’en avoir un exemple en Egypte.

Pour corser encore plus le pari, vous voulez ignorer que la situation politico-économique mondiale est aussi instable qu’incertaine (euphémismes) et que les dirigeants occidentaux qui tiennent Israël sous perfusion par le biais d’un accès discret mais complet à la CEE ou comme aux USA où  Israël bénéficie à lui tout seul de 50 % des fonds de soutien alloués à l’ensemble des pays étrangers, peuvent se trouver brutalement obligés de sacrifier quelque chose pour retenir une opinion qui leur échappe. Et que ce soit comme d’habitude les juifs (que vous acculez à vous soutenir) qui servent de boucs émissaires n’aurait rien de complètement surprenant, surtout quand on voit la résurgence de l’anti-sémitisme, en même temps que du racisme en général d’ailleurs, dans les anciens pays du glacis soviétique, parfois membres de la CEE, Pologne et Lituanie en tête.

Maintenant, chers onéreux colons, peut-être êtes vous encore plus cyniques et sans scrupules que je ne le pense. Peut-être prenez-vous le pari du jusqu’au boutisme en sachant que si vous vous trompez, ce sont les juifs de la diaspora qui paieront et n’auront, pour certains, plus d’autre choix que l’aller-simple vers chez vous. L’alya forcée quoi. Ouais, bon, ben je crois que j’aime autant penser que vous êtes simplement inCONscients en plus d’être des fachos ou des fondamentalistes religieux… voire les quatre pour les plus atteints.

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Deux références importantes apportent du blé à moudre à la publication originelle de cet article:
– l’article d’Akiva Eldar, éditorialiste à Haaretz, dit explicitement « Depuis 43 ans, Israël a été gouverné par des gens qui ont refusé de voir la réalité »  traduit par ici par ContreInfo
Uri Avnery de Gush Shalom fait un compte-rendu critique des dernières rodomontades de Netanyahou au Congrès américain, ici pour la traduction française par Contreinfo aussi. Et la version anglaise est là,

Bruits de bottes au Moyen-Orient

Une chose est déjà sûre, une nouvelle agression va se produire au Moyen-Orient. Outre toutes les gesticulations qui ont déjà eu lieu, vient d’apparaître un signe qui trompe rarement : les Israéliens ont redémarré des pourparlers avec les Palestiniens. A chaque fois qu’une nouvelle guerre a été démarré dans cette région, les alliés Etats-uniens et Israéliens ont d’abord fait semblant de vouloir discuter avec les Palestiniens, histoire de s’assurer soit que ceux-ci ne bougeront pas soit qu’il y aura un nouveau prétexte pour accentuer l’asphyxie de la population palestinienne.

Ceci posé, où se portera le couteau cette fois-ci et qui portera le coup ?

Les Israéliens ont un compte à régler avec le Hezbollah, donc le Liban ? Il n’y a pas encore de prétexte mais il si facile d’en inventer un quand on a les médias dans sa poche. Notez que ce n’est pas une réflexion anti-sémite : je déplore plus largement et simplement le fait que les médias occidentaux vous accordent toujours plus de crédibilité quand vous êtes plus blanc et moins à gauche que votre contradicteur. Il n’y a même pas besoin d’être crédible comme l’ont démontré les multiples « montages » dans lesquels nos journalistes ont toujours donné tête baissée avant, parfois, de faire amende honorable pour recommencer de plus belle la fois suivante.

La Syrie est une autre cible possible dans la mesure où le gouvernement israélien a fait savoir qu’il considérait tout lancement de missile venu du Liban comme téléguidé par la Syrie. Et ce malgré les dénégations tant des Syriens que des services secrets américains. Mais bon, qui se préoccupe de ce genre de détails. Par contre, pour que des missiles partent du Liban, il faudrait commencer par eux. Deux ennemis à la fois, ça ne fait pas peur à Tsahal mais ce n’est jamais bon pour les relations publiques.

Les américains ont besoin d’une bonne guerre pour « deux raisons dont chacune est suffisante seule » (Ed. Rostand in Cyrano de Bergerac, acte 1). D’une part, Obama et le Congrès doivent faire avaler une amère potion aux pigeons qui ont cru que voter démocrate suffirait pour que les riches paient la crise qu’ils ont eux-même crée en jouant au casino de la bourse. Je pense aux professeurs licenciés en masse, aux ouvriers dont les emplois disparaissent vers des pays où les travailleurs sont plus facilement exploitable, etc… Les innocents :-). D’autre part, rien ne vaut un bon conflit pour relancer une machine industrielle grippée et remonter le prestige d’élites démonétisées. Et ça tombe bien, l’armement est la seule industrie qui ne soit pas (encore ?) délocalisée. En plus, le complexe militaro-industriel n’aime pas beaucoup Obama. S’il lui donne des gages, ça pourrait changer. Cadeau bonus : les médias locaux qui actuellement traitent quasiment Obama de « communiste islamiste », se rangeront comme un seul homme derrière le Président au son du canon.

Evidemment, les USA ne rentrent pas en guerre sans une préparation psychologique adéquate. Précédemment, il dû y avoir « 9/11 » pour l’Irak, la fausse attaque d’une corvette pour le Viet-Nam, Pearl Harbour pour le Japon, l’explosion d’un bateau de commerce pour virer les espagnols de Cuba, etc… L’attentat « terroriste » manqué récemment par un pakistanais lassé de voir des missiles américains lancés impunément sur ses compatriotes est un prétexte un peu léger pour aller casser du Pakistanais, fut-il musulman. En même temps, les Etats-uniens savent qu’ils ne peuvent se sortir dignement de l’impasse afghane qu’en étendant le conflit à ses voisins ou par une hypothétique « afghanisation » du conflit, c’est à dire la reprise du conflit par un pantin local. Ca n’en prend pas le chemin, d’une part parce que ledit pantin semble avoir cassé ses ficelles et que même comme ça, il n’est guère crédible pour la population.

En Afghanistan, on peut comprendre qu’ayant engagé à ce jour plus de soldats que les soviétiques au plus fort de leur engagement, sans voir plus de résultats que ceux-ci, les occidentaux aient envie de dire aux Afghans « cassez-vous la gueule entre vous (villes contre campagnes, pour simplifier) et foutez-nous la paix » mais hélas pour eux un retrait entrainera une instabilité généralisée et si on peut être sûr que les occidentaux auront perdu, personne ne sait quel est l’acteur régional qui tirera les marrons du feu : Moscou, l’Iran, le Pakistan, un outsider religieux ?

Bon alors, l’Iran comme le pense Edward S. Herman ? Possible et un scénario pourrait être est celui qui fut décrit il y a quelques années dans un article de Bellacio aujourd’hui introuvable mais dont le scénario s’enchainait en gros de la manière suivante :

1° Attaque israélienne limitée sur quelques sites nucléaires iraniens.

2° Riposte iranienne sur les américains (qui ont au minimum laissé passé les avions israéliens « et plus si affinités ») ou en tout cas sur les exportations de pétrole du Golfe Persique vers les USA (les iraniens occupent une des rives du détroit le plus stratégique du monde).

3° Contre-riposte massive américaine au nom de la liberté de circulation dans les détroits : c’est une obligation reconnue par le droit international. C’est pas parce que les occidentaux s’asseyent sur ce même droit international qu’ils ne l’utilisent pas quand ça peut leur servir.

Comme il n’est pas question d’occuper l’Iran pour des raisons évidentes de dimension, on peut imaginer un scénario du type de celui qui fut appliqué à la Serbie : destruction de toute l’infrastructure adjointe à un blocus et finalement élections « librement sponsorisées ». Ca a marché dans les Balkans, on vient d’en avoir une preuve récente avec la mise à jour d’un charnier kosovar. Juste que l’Iran est d’une autre dimension et d’une autre détermination. Par exemple, ça n’avait pas marché en Irak malgré un million de morts de misère et de maladie (merci Bush père). Mais bon, les militaires ne sont pas les derniers quand ils s’agit de croire à leurs rêves.

Le scénario le plus « optimiste » serait que tout ceci serve seulement de prélude à un nouvel étrangement de Gaza ou à une offensive concertée contre le Hamas mais jusqu’à présent ce genre d’actions n’avait pas nécessité tant de gesticulation.

En tout cas, on peut être sûr d’une chose :  les fesses d’un bon paquet de dirigeants et de militaires du Moyen-Orient sont en train de faire des « bravo » à casser des noix. Ce qui ne me dérangerait pas plus que ça si ce n’est qu’en général ce sont surtout les populations civiles qui paient les additions. Et ça, on a beau s’y attendre, on ne s’y habitue pas. Enfin vous je ne sais pas mais moi, non.