Lawfare, la plaie de la démocratie

Je ne parlerai pas des ennuis judiciaires présumés de Didier Reynders parce que le personnage me serait sympathique, loin de là. Simplement, les poursuites judiciaires plus ou moins fondées et leurs échos dans la presse sont devenues à l’évidence des obstacles à l’exercice de la démocratie.

Les anciens dirigeants de la gauche latino-américaine sont souvent poursuivi sans trop de preuves par les gouvernements de droite qui les ont remplacés et commettent souvent les mêmes délits qu’ils leur reprochent mais à des échelles logarithmiques. Lula et Dilma Roussef au Brésil sont en prison ou ont perdu leur poste pour des délits qui n’en sont pas ou émis sans la moindre preuve, pendant que leur procureur est maintenant au pouvoir dans un gouvernement d’extrême-droite qui érige en système la violence et l’injustice à l’égard des pauvres et des faibles.

Trump et Clinton furent empêtrés dans des historiettes judiciaires d’un format sans commune mesure avec la réalité des faits ou leur importance réelle: RussiaGate et Lewinsky respectivement. Le premier a disparu faute de réalité, le second a coûte plus de 4,4 millions de dollars au contribuable et plus de 40 millions aux parties en présence. En attendant, les présidents visés ont perdu de la crédibilité politique sans raisons réelles. Pire, en se centrant sur des fadaises, nous leur avons permis d’échapper à l’indispensable critique des leurs actions réelles. « Le scandale » est la néantisation du politique.

Dois-je parler des accusations judiciaires USAméricaines qui visent à détruire l’accord de cessations des hostilités en Colombie ? Des perquisitions farfelues chez la France Insoumise ? Souvenons-nous de la liquidation d’un responsable syndical bruxellois jugé « gauchisant » par sa direction. Argument utilisé : des arguties juridiques sur l’utilisation de fonds du syndicat, sans enrichissement personnel. Il en est mort. Le virage à droite du PS wallon mené par Di Rupo a été appuyé par des poursuites judiciaires venant opportunément salir ses opposants.

Non que nos dirigeants (et vedettes) doivent être exemptés de poursuites judiciaires, au contraire, ceux-ci échappant trop souvent à des accusations réelles ou sont condamnés à des peines symboliques. Cette injustice ne peut être compensée par des jugements hâtifs. Et encore moins par ceux de médias dont nous savons tous la révérence à l’égard des pouvoirs en place, quel qu’ils soient. Tout comme leur censure privatisée, intéressée et très politiquement sélective.

Il est clair qu’aujourd’hui, les poursuites et la délation sont devenus des moyens de rendre l’injustice, de pervertir la communication comme la vie politique et sociale. Même sous sa forme « représentative », la démocratie et sa justice sont assurément un meilleur système politique que la dictature des média, sociaux ou non, et des accusations basées sur des suspicions ou des preuves fabriquées.

Liens en vrac du mardi

La RTBF publie un long article reprenant les disponibilités et prix différents véhicules partagés en Belgique : de la trottinette électrique à la voiture en passant par les vélos avec ou sans assistance. Et complète ce matin cet inventaire avec un article sur les mono-roues, non-partagées.

Un site, « Bloque la Pub« , reprend les différents avantages et moyens de bloquer la pub sur Internet. Il appelle aussi au partage des connaissances sur ce sujet avec vos amis et familles.

L’ONU recense 49 millions de gens pauvres aux USA. L’extrême pauvreté y frappe près de 9 millions de personnes dont 1 million totalement coupés de la société et du moindre revenu. Le premier des droits de l’homme est celui de ne pas mourir de faim au milieu de la richesse, non ?

Caitlin JOHNSTONE relève les censures éhontées exercées dans tous les pays du monde par les GAFAM, twitter, Facebook et YouTube en tête, à l’encontre de tous ceux, journalistes, politiciens et médias majeurs compris, qui contredisent les médias occidentaux. Pour ajouter l’insulte à l’injure, ces monopoles favorisent parallèlement les machines à propagandes de nos pays. C’est en anglais et c’est indispensable.

Lavamedia est remonté contre l’école inégalitaire en Belgique, l’une des pires dans les pays industrialisés. Il met en exergue une question vitale : « il ne faut pas se demander pourquoi les classes populaires échouent si souvent à l’école, mais pourquoi les enfants de riches, eux, réussissent à l’école ».

Il a fallu attendre le 10 septembre 2019 pour que les USA désignent la filiale locale d’Al Quaida en Syrie comme une organisation terroriste. Cet acte juridique entraîne des interdictions de financement et des facilités de surveillance pour les autorités américaines et alliés. Ça ne faisait jamais qu’un an et demi que cette organisation avait été fondée en se réclamant des pires fous de Dieu.

« Les bombes du climat et des inégalités sur lesquelles nous étions assis ont bel et bien explosé », voila la première phrase d’un nouvel article de Pour. Ce « born again » de la presse belge avait disparu en 1982 après un attentat de l’extrême-droite. Il a poussé un premier vagissement à 150.00 exemplaires en juin-juillet 2015 sur le traité trans-atlantique. Il parait régulièrement depuis plus d’un an en pdf et sur internet. Vous y trouverez notamment des articles de Paul Delmotte, un favori de votre serviteur.

Les retraites belges sont payables calcule le Vilain Petit Canard dans un article au vitriol contre les manipulations des chiffres qui ornent les médias de révérence (sic) belges et les discours des politiciens de droite.

Liens en vrac d’hier et d’aujourd’hui

Les GAFAM ne changeront jamais : Microsoft était déjà attaqué pour son espionnage de la vie privée par Windows 10, Cortana et Skype, comme Google via GoogleHome, Apple (Siri) et Amazon (Alexa). Microsoft reconnaît maintenant que les XBox vous écoutent aussi, et que des humains peuvent avoir entendu ce que vous avez dit.

LGS: Vous avez dit dans un de vos articles que le gouvernement US considère ses citoyens comme des ennemis en recourant à la surveillance généralisée. Le véritable danger ne vient-il pas de ce système qui espionne tout le monde ?

Noam Chomsky: Je pense que Glenn Greenwald a raison de dire que peu de choses sont aussi pernicieuses qu’un état de « sécurité nationale » expansif. La surveillance en est un élément clé, facilitant la persécution des manifestants, des dissidents, des immigrants et des musulmans. L’État dit de « droit et d’ordre public » est un état de désordre extrême sans droit, dans lequel le pouvoir peut agir en toute impunité. Il commence à s’approcher du fascisme.

Les fusils d’assaut sont les plus mortelles des armes à feu : plus précises et plus mortelles même en petit calibre (en anglais).

Aude Lancelin met à mal sept idées fausses que nous nous faisons sur les médias.

Les réactions à un article mensonger nous disent que les gens ne croient plus autant dans le discours officiel : 53% des gens qui s’expriment ne l’apprécient pas.

Le système de santé dont rêvent nos libéraux : le personnes soignées choisies par tirage au sort ?

Une disparition, accidentelle bien sûr (?), d’un autre fondateur de Wikileaks. Assange est toujours détenu pour de soi-disant crimes prescrits ou incertains. Un 3e collaborateur est menacé par les autorités aux ordres de l’Équateur.

En 2018, la contribution financière de la Chine au budget de maintien de la paix de l’ONU a grimpé de 3% à 10,25%. La Chine a promis d’allouer un milliard de dollars supplémentaires à ce budget au cours des prochaines années et a formé ses troupes pour aider les opérations de maintien de la paix de l’ONU. « La Chine remplit en partie un vide créé par le retrait des États-Unis de[l’ONU] », conclut Patrick Wintour, du journal The Guardian. « En un sens, la Chine, en garantissant des ressources à l’ONU, a gagné le droit d’être entendue. » Elle propose ses services pour la surveillance du nucléaire iranien.

Huawei sous Linux

Attaqué par les USA, le constructeur chinois de smartphone Huawei se voit menacé au niveau des éléments matériels nécessaires à la construction des appareils, le hardware. Il est aussi menacé dans son utilisation d’Android, le logiciel qui fait tourner l’appareil, le software.

Pour remplacer Android, il existe notamment une solution finlandaise, Sailfish, basée, comme lui, sur Linux. Elle cible les entreprises qui souhaitent plus de confidentialité pour leurs smartphones que ce qu’offre le logiciel américain dont le modèle économique est basé sur l’exploitation des données personnelles, comme toujours chez Google, sa compagnie mère*. Sailfish peut parfaitement faire tourner les apps écrites pour Android, la compatibilité est parfaite. Évidemment, les modèles économiques de ces dernières sont aussi le plus souvent basés sur l’intrusion systématique dans la vie privée de ses utilisateurs. On n’en sort pas.

Sailfish a été fourni aux Russes sous le nom d’Aurora OS. C’est ce dernier qui est proposé aux Chinois de Huawei. Si l’opération réussit, ce sera évidemment un bonus pour leurs utilisateurs, mieux protégés qu’avec Android et les américains se seront tiré une balle dans le pied. Depuis l’irruption de Trump à la présidence, il en ont pris l’habitude.

Un petit mot encore. Linux, logiciel libre crée par Linus Torvald, quasi-monopolise le monde de l’informatique. Il se trouve sur à peu près tous les serveurs, dans et hors internet, même chez son arche-ennemi, Microsoft. Il fait tout fonctionner: les usines, les ascenseurs et tous vos gadgets du quotidien, surtout si vous avez le rêve de robotiser votre maison. Le seul endroit où il ne perce pas, c’est sur vos ordinateurs de bureau parce que Microsoft a longtemps été la firme qui dépensait le plus en marketing et publicité au monde. Et aussi parce qu’il est plus riche et puissant que nos gouvernants.

Notez à ce sujet que dans leur toute grande majorité les informaticiens qui eux savent de quoi ils parlent en matière de sécurité, limitent au minium l’emprise de l’informatique et surtout d’Internet dans leurs habitations et ailleurs, comme le montre ce comic-strip humoristique. Les bureaux de vote sont spécialement vulnérables.

Mise à jour du 29/08/19.20:46: un dysfonctionnement inquiétant d’une machine à voter au Mississippi.

(*) Juridiquement, la société mère dans la galaxie de Google est Alphabet. Historiquement et financièrement, c’est Google, le moteur de recherche omni-présent, omnipotent et menteur.

C’est en sécurité !

Vous connaissez tous la banque-carrefour de la Sécurité Sociale en Belgique. Il y en a d’autres telle la banque-carrefour des entreprises. Toutes détiennent des informations critiques, notamment pour notre vie privée, toutes sont accessibles via Internet. Elles ne sont pas les seules, les banques vivent dans les mêmes conditions. Tout cela est archi-sécurisé ! Comme on les croit.

Commençons par la dernière « sécurité » en date : Erratic est une « hackeuse » black hat (voir « cracker« ) qui s’est payée la banque Capital One aux USA & Canada. Outre les données bancaires, fiscales et sociales de plus de 100 Mls de clients, elle a aussi mis la main sur un bijou: les N° de Sécurité Sociale de plus d’un million de personnes. C’est l’équivalent de notre N° de Registre National et c’est l’identifiant unique utilisé pour à peu près tout sur le continent nord-Américain. La banque ne s’est aperçue de rien. C’est une personne indépendante qui a remarqué les vantardises d’Erratic sur les réseaux sociaux & de développement et l’a dénoncée. En 2013, Yahoo s’est fait voler 1 milliard de comptes et en 2014, encore 500 millions. Il ne l’a avoué qu’en 2015-2016.

L’état, c’est tellement mieux pour la « sécurité ». Juste annoncé cette semaine: 11 sites gouvernementaux de Trinitad et Tobago« défacés ». Traduction en clair: un groupe de crackers a pris le contrôle de 11 sites et en ont changé la page d’accueil pour « signer » leur passage. Pour les USA, 1e cracker mondial avec la NSA mais 1e cracké, deux noms: Julian Assange/Wikileaks et Edgard Snowden. Aucun d’eux n’a piraté directement via Internet mais tous ont copié ou reçu du copiage de sites internet Top Secret (NSA !) ou personnels. Plus ancien, il y eut aussi la CIA et la Défense Nationale (DoD). En Europe et même en Israël, le sous-Vatican des Black Hats « légaux« , on a vu les données de gros paquets de citoyens se faire disperser sur le net dont un encore cette année en Europe de l’Est.

N.B.: la très officielle conférence Black Hat a lieu du 3 au 8 août 2019 à Las Vegas et des surprises vont être révélées.

En un mot comme en cent : la « sécurité » informatique est relative. Elle est toujours « cassable », c’est juste une question de prix et de temps ou d’opportunité. Ceux qui prétendent le contraire sont des escrocs ou des incompétents : politiciens, juristes et journalistes. La centralisation des données personnelles ou confidentielles avec un accès Internet est un bon moyen pour que, tôt ou tard, elles ne soient plus ni personnelles ni confidentielles pour peu qu’elles présentent un réel intérêt politique, scandaleux ou financier voire de défi technique personnel. Les Banques-Carrefour belges ne font pas exception à cette règle. Réfléchissez bien avant d’autoriser votre médecin à y centraliser votre dossier médical. Notez que si vous utilisez abondamment les réseaux sociaux et les GAFAM ou Internet sans préservatifs, la question ne se pose pas: l’abandon de votre vie privée fait partie des conditions générales que personne ne lit, faute de temps.

Le vote électronique est encore pire. Les personnes informées ont pu en constater les limites lors du dernier vote en date aux USA où les machines, vendues par un Républicain, ont à l’évidence favorisé un Républicain. En même temps, il faut relativiser: le trucage des élections et/ou l’élimination des électeurs « votant mal » (généralement noirs et parfois hispaniques mais quasi toujours Démocrates) est un sport national au sud du Canada. Si, en Belgique, on a heureusement fait demi-tour sur cette informatisation malvenue, la France s’y met à marches forcées et pour des raisons aussi évidentes qu’européennes.

Caméra et écrans (suite)

En complément à « Caméra et écrans » écrit ici-même il y a juste 8 jours, j’attire votre attention sur un nouvel article où un ancien cadre dirigeant des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) explique comment ils piratent notre attention, nous rendent accros, nous déstructurent, affaiblissent la richesse de nos vies, nous fichent et accessoirement sont un terrain de jeu facile pour les escrocs de tout poil. Il n’est pas le premier et il n’est pas le seul: une ancienne dirigeante de Facebook appelle son ancien employeur « le cancer« . Bref, ils rendent malheureux.

L’extrême-droite allemande utilise « des données policières pour compiler une liste de gens a tuer ». Son rapport est peut-être assez indirect avec notre sujet mais en même temps, on sait que la police utilise intensivement les GAFAM pour nous ficher. Ceux-ci étant des victimes largement consentantes de ces inquisitions plus ou moins légales.

Merci à SebSauvage pour pas mal des liens cités ici.